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Trois façons de facturer du matériel, et ce qu'elles coûtent Facturer sa bijoute dans le salaire dilue la location dans le brut et gonfle inutilement les cotisations. La micro-entreprise est simple mais son chiffre d'affaires réduit les allocations du mois. La société encaisse la location sans toucher aux allocations tant qu'aucune rémunération n'est versée. Tu loues ton matériel sur un tournage. Trois façons de le facturer. Dans le salaire la prod gonfle ton brut ✓ aucune démarche ✗ cotisé comme un salaire ✗ fait monter ton brut, donc tes jours non payés le matériel n'est pas du travail En micro tu factures toi-même ✓ création immédiate ✓ comptabilité minimale ✗ le CA réduit tes jours indemnisés du mois simple, mais visible En société la société encaisse ✓ sans effet sur l'ARE tant que rien n'est versé ✗ frais et comptabilité ✗ mandat à déclarer rentable au-delà d'un seuil Dans les trois cas, ton travail reste salarié : seul le matériel se facture.
Le point commun aux trois voies : seul le matériel se facture. Facturer ses journées de travail par une société ou en micro, c'est du prêt de main-d'œuvre, et ça expose autant l'employeur que toi.

Une SASU pour la bijoute

La « bijoute », c'est la location de ton propre matériel à la production : caméra, optiques, machinerie, lumière. Bien structurée, c'est un revenu complémentaire qui ne touche pas à tes allocations. Mal structurée, ça devient du salaire déguisé, des AEM faussées ou un CA qui grignote ton ARE. Le montage en société, souvent une SASU, est la façon la plus propre de l'organiser.

En bref. Louer son matériel via une société permet de séparer proprement le salaire de la location, sans mélanger les deux dans une facturation personnelle qui ferait perdre des heures.

Tant que tu ne te verses ni salaire ni dividende, aucun montant n'est à reporter. Mais l'activité, elle, se déclare : le mandat social dès la création, puis à chaque actualisation, même à zéro euro.

Une caisse de matériel et une structure d’entreprise sont reliées par deux flux financiers séparés.
La bijoute et le salaire d’intermittent doivent rester identifiables dans des circuits distincts.

Pourquoi ni salaire ni micro ?

Le principe du montage

Une SASU dont tu es président non rémunéré porte le matériel et facture la production :

Une caisse de matériel et une silhouette au travail suivent deux circuits financiers distincts.
La société peut porter la location du matériel sans absorber le travail qui reste salarié.

À partir de quel montant la société devient intéressante

Une société a un coût fixe : création, comptabilité, cotisations minimales, déclarations. Une micro-entreprise n'a presque rien de tout ça, mais son chiffre d'affaires se déclare à l'actualisation et réduit tes jours indemnisés du mois. Le bon critère de bascule n'est donc pas le montant facturé, c'est le rapport entre ce que la structure coûte et ce que la micro te fait perdre en allocations.

Trois questions à te poser dans l'ordre :

  1. Est-ce récurrent ? Deux locations par an ne justifient aucune structure. Une bijoute qui tourne à chaque tournage, oui.
  2. Combien de jours d'allocation la micro te coûte-t-elle ? Convertis ton chiffre d'affaires annuel en heures via le SMIC horaire, puis en jours non indemnisables, et multiplie par ton allocation journalière. C'est le vrai coût caché de la micro dans ta situation.
  3. Ce montant dépasse-t-il les frais annuels d'une société ? Si oui, la question mérite d'être posée à un comptable. Sinon, la micro reste plus simple.

Un point qu'on oublie souvent : la société permet aussi d'amortir le matériel et de récupérer la TVA sur les achats, ce qu'une micro ne permet pas. Sur un parc qui se renouvelle, l'écart se creuse vite.

La ligne rouge : ne jamais facturer son travail

Le montage tient à une seule condition, et elle n'est pas négociable : la société facture du matériel, jamais des journées de travail. Ton travail sur un plateau s'exerce sous la subordination d'une production : horaires imposés, lien hiérarchique, moyens fournis. C'est la définition du salariat.

Facturer une journée de chef électro via ta société, c'est du prêt de main-d'œuvre à but lucratif, interdit hors intérim et travail temporaire. Le risque n'est pas théorique : requalification en contrat de travail, rappel de cotisations pour l'employeur, et pour toi des heures qui n'existent pas au compteur puisque aucune attestation n'a été émise.

La facture doit donc être lisible : désignation du matériel, durée de location, tarif journalier. Si elle mentionne une prestation, un poste ou un nombre de jours travaillés, elle est mal rédigée.

Une facture de matériel et un salaire sont séparés par une barrière violette très visible.
La séparation documentaire doit empêcher qu’une prestation de travail soit présentée comme une simple facture.

Cas pratiques

Cas pratique 1 : 8 000 € de bijoute par an : micro ou SASU ?

Chef opérateur, Yanis loue son set caméra environ 8 000 € par an. En micro : à peu près 1 700 € de cotisations (la location de matériel relève des prestations de services BIC, taux 2026 de 21,20 % ; une prestation libérale en BNC serait à 25,60 %), et un CA déclaré chaque mois qui décale plusieurs semaines d'ARE dans l'année. Coût total réel : souvent 3 500 € et plus. En SASU : comptable autour de 1 200 € par an, cotisation foncière, et zéro impact ARE tant que rien n'est distribué. L'argent finance assurance, entretien et renouvellement du matériel dans la société.

Ce qu'il faut en retenir : le point de bascule se situe grosso modo entre 3 000 et 5 000 € de bijoute annuelle récurrente. En dessous, la lourdeur de la société ne se justifie pas ; au-dessus, la préservation de l'ARE paie la structure. Quant à l'argument « la SASU coûte cher » : le bon comparatif est coût de structure contre ARE décalée plus cotisations micro. Comparer au néant fausse le calcul.

Cas pratique 2 : La ligne rouge : facturer son travail via la SASU

Une production propose à Yanis de tout facturer via sa SASU, matériel et journées de chef op, « package tout compris ». S'il accepte : son travail sous subordination devient une fausse prestation, requalifiable ; il perd ses heures AEM sur le tournage ; et sa société encaisse un revenu qui relève du salariat.

Ce qu'il faut en retenir : la SASU loue des choses. Ton temps de salarié spectacle, lui, passe par une AEM. Le partage sain sur un devis tient en deux lignes : une AEM pour le poste, une facture pour le matériel. Toute offre « package » se renégocie en ces termes, et c'est aussi l'intérêt de la production, qui s'expose à la requalification.

Cas pratique 3 : Le mandat social jamais signalé

Petra crée sa SASU de location en janvier, ne se verse rien, et ne dit rien à France Travail : « il n'y a pas de revenu, donc rien à déclarer ». Dix-huit mois plus tard, un croisement de fichiers révèle le mandat. Aucune fraude sur les montants, mais l'omission déclarative déclenche à elle seule un examen du dossier, des courriers, et des semaines d'incertitude sur ses versements.

Ce qu'il faut en retenir : « pas de revenu » ne veut pas dire « rien à signaler ». Le mandat social se signale dès la création, et l'activité non salariée se coche ensuite à chaque actualisation, même sans un euro de revenu. Spontanée, c'est une formalité ; découverte, c'est un signal d'alerte. Le vrai bouclier du montage, c'est sa transparence initiale, pas son ingénierie.

Les erreurs à éviter

Questions fréquentes

Peut-on louer son matériel en étant intermittent ?

Oui, et c'est même la façon la plus propre de facturer de la bijoute. Le point à respecter est la séparation : le travail reste salarié et donne des heures, la location de matériel est un revenu de la société.

Le mandat social doit-il être déclaré à France Travail ?

Oui, dès la création, puis à chaque actualisation mensuelle en tant qu'activité non salariée, même sans rémunération. Une déclaration spontanée est une formalité ; découverte lors d'un contrôle, elle devient un signal d'alerte.

Faut-il créer une société pour facturer sa bijoute ?

Pas toujours. Le montage se justifie quand les montants deviennent significatifs et récurrents. En dessous, sa complexité et ses coûts fixes dépassent souvent le gain.