Les allocations (ARE) : AJ, SJM et calcul
Pour répondre à « comment calculer mon allocation d'intermittent ? », il faut partir des salaires et des heures de la période de référence. Le montant se module ensuite chaque mois selon ce que tu déclares. Quatre sigles suffisent pour suivre le calcul : SR, NHT, SJM et AJ.
En bref. Ton allocation journalière additionne trois parties : une part liée à tes salaires, une part liée à tes heures, et une part fixe. Le tout est encadré par un plancher (38 € en annexe 8, 44 € en annexe 10) et un plafond réglementaire.
Chaque mois, le nombre de jours payés dépend de ce que tu déclares : plus tu travailles dans le mois, moins tu touches de jours d'allocation ce mois-là. Rien n'est perdu : le versement est décalé, pas supprimé.
Les valeurs clés
| Sigle | Nom | Ce que c'est |
|---|---|---|
| SR | Salaire de référence | Le total de tes salaires bruts « spectacle » sur la période de référence (12 mois) |
| NHT | Nombre d'heures travaillées | Tes heures (ou équivalents cachets) retenues sur la même période |
| SJM | Salaire journalier moyen | SR ÷ (NHTM ÷ 8) en annexe 8, SR ÷ (NHTM ÷ 10) en annexe 10. Le NHTM est un peu plus étroit que le NHT : heures plafonnées, plus les assimilations maternité, adoption et longue durée. Sert aux retenues et différés |
| AJ | Allocation journalière | Le montant brut versé pour chaque jour indemnisé |
Un point qui surprend : tes heures d'enseignement et de formation ouvrent le droit, mais elles n'entrent ni dans le SR ni dans le NHT. Elles t'aident à atteindre les 507 h, elles ne font pas monter ton allocation d'un centime.
Comment l'AJ est construite
La formule des annexes 8 et 10 additionne trois briques :
- une part salaire, proportionnelle à ton SR mais dégressive : chaque euro supplémentaire de salaire rapporte un peu moins que le précédent ;
- une part heures, proportionnelle à ton NHT mais dégressive elle aussi : le coefficient tombe de 0,26 à 0,08 au-delà de 720 heures en annexe 8 (690 heures en annexe 10) ;
- une part fixe, propre à ton annexe : 12,78 € en annexe 8, 22,37 € en annexe 10 — l'AJ minimale de 31,96 € multipliée par 0,40 ou par 0,70.
Le résultat est encadré par un minimum et un plafond réglementaires. De cette AJ brute, les retenues dépendent de son niveau : rien en dessous de 31,96 €, seulement la retraite complémentaire (0,93 % de ton SJM) entre 31,96 € et 62 €, et au-delà de 62 € la CSG et la CRDS en plus. Ce qui reste est l'AJ nette, celle qui arrive sur ton compte. Quand tu compares deux situations, compare toujours des nettes entre elles.
Ces montants sont gelés pour l'année. Le conseil d'administration de l'Unédic n'a réuni aucune majorité le 30 juin 2026, donc les allocations n'ont pas été revalorisées au 1er juillet, ce qui n'était plus arrivé depuis 2016 (communiqué de l'Unédic). Méfie-toi du chiffre que tu croiseras ailleurs : les 32,13 € repris un peu partout sont l'allocation minimale du régime général. Sous annexe 8 ou 10, le paramètre équivalent — celui qui sert à calculer les trois parties de ton AJ — reste à 31,96 € depuis le 1er juillet 2023. Ton allocation plancher, elle, est plus haute : 38 € en annexe 8, 44 € en annexe 10.
Combien de jours indemnisés par mois ?
Chaque mois, tes heures déclarées à l'actualisation génèrent des jours non indemnisables (le « décalage ») : plus tu travailles dans le mois, moins de jours ARE sont versés ce mois-là. S'ajoute un plafond mensuel sur le cumul salaires + allocations. Au-delà, des jours sont retirés. Les valeurs sont publiques : jours non indemnisables = jours de travail × 1,4 en annexe 8 (× 1,3 en annexe 10), les jours de travail se comptant en divisant les heures du mois par 8 ou par 10 ; le plafond de cumul vaut 118 % du plafond mensuel de la sécurité sociale, soit 4 725,90 € en 2026. Et un seuil ferme : dès 26 jours de travail dans le mois en annexe 8 (27 en annexe 10), aucune allocation n'est due ce mois-là. La logique de fond : l'assurance chômage complète ton activité, elle ne s'empile pas dessus sans limite.
Cas pratiques
Cas pratique 1 : Mêmes 507 h, deux allocations très différentes
Jules et Inès, techniciens annexe 8, terminent tous deux avec 540 heures. Jules a un SR de 11 000 € (petites productions), Inès de 21 000 € (séries mieux payées). Les parts « heures » et fixes de leurs AJ sont identiques ; la part salaire d'Inès est nettement supérieure, sans être doublée pour autant, dégressivité oblige. Ordre de grandeur : environ 51 € bruts et 50 € nets par jour pour Jules, environ 62 € bruts et 55 € nets pour Inès.
Ce que ce cas montre : à volume d'heures égal, le niveau de salaire négocié pèse durablement. Chaque contrat sous-payé se paie ensuite 365 jours d'allocation. Les heures ouvrent le droit ; ce sont les salaires qui en fixent le montant. La dégressivité tempère quand même la course au SR : arrivé au plafond d'AJ, gagner plus n'augmente plus l'allocation.
Cas pratique 2 : « Si je travaille, je perds mes allocs » : faisons les comptes
Lila est indemnisée à 58 € nets par jour. En mars, elle ne travaille pas : environ 30 jours indemnisés, 1 740 €. En avril, elle fait 70 heures payées 1 550 € bruts (autour de 1 200 € nets). Le décalage retire une douzaine de jours ; il lui reste environ 18 jours d'ARE, 1 040 €. Total avril : à peu près 2 240 € nets, contre 1 740 sans travailler. Et 70 heures de plus au compteur pour le prochain SR.
Ce que ce cas montre : sauf effet de plafond particulier, un mois travaillé rapporte plus qu'un mois chômé. L'ARE amortit les creux. La nuance : autour du plafond de cumul, quelques heures de plus peuvent ne presque rien rapporter le mois même ; le gain se déplace alors vers le renouvellement, via le SR. Raisonner sur le mois seul est myope.
Cas pratique 3 : L'AJ au plafond
Chef opérateur très demandé, Marc voit son AJ calculée écrêtée au plafond de 174,80 € (valeur en vigueur depuis le 1er janvier 2024) — un cas d'école plus qu'une situation courante : l'atteindre suppose un salaire de référence de l'ordre de 360 000 € sur douze mois. Le vrai seuil de rendement décroissant arrive bien avant : au-delà de 14 400 € de SR, le coefficient de la part salaire tombe de 0,42 à 0,05, et au-delà de 720 heures celui de la part heures tombe de 0,26 à 0,08.
Ce que ce cas montre : au plafond, l'optimisation d'allocation est terminée. Les vrais arbitrages deviennent fiscaux et patrimoniaux : lisser l'activité, structurer la bijoute. Viser « toujours plus de SR » est un réflexe utile en début de carrière ; passé un seuil, il ne produit plus rien côté ARE.
Idées reçues à ranger
- « Mon AJ est fixe à vie. » Non. Elle est recalculée à chaque renouvellement avec ton nouveau SR et tes nouvelles heures.
- « Un gros mois de salaire fait sauter mes allocs du mois. » Il les réduit ce mois-là (décalage, plafond), mais il gonfle le SR du prochain droit. C'est un transfert dans le temps plutôt qu'une perte.
- « Le simulateur de mon espace personnel suffit. » Il donne le résultat officiel a posteriori. Pour décider (accepter un contrat, anticiper un réexamen), il te faut une projection continue avec tes données à jour.
Questions fréquentes
Comment est calculée l'allocation d'un intermittent ?
Par l'addition de trois parties : une part proportionnelle à ton salaire de référence mais dégressive, une part proportionnelle à tes heures travaillées mais elle aussi dégressive, et une part fixe propre à ton annexe (12,78 € en annexe 8, 22,37 € en annexe 10). Le résultat est encadré par un montant plancher et un montant plafond fixés par la réglementation.
Quel est le montant minimum de l'allocation ?
L'allocation journalière calculée ne peut pas être inférieure à 38 euros en annexe 8 et 44 euros en annexe 10. Elle peut toutefois être plus basse après retenues, notamment la participation au financement de la retraite complémentaire.
Pourquoi mon allocation baisse quand je travaille ?
Les heures déclarées à l'actualisation génèrent des jours non indemnisables ce mois-là : c'est le décalage. En pratique, un mois travaillé rapporte presque toujours plus qu'un mois chômé, et les salaires perçus font monter ton salaire de référence pour le prochain droit.
Les heures d'enseignement augmentent-elles mon allocation ?
Non. Les heures d'enseignement et de formation comptent pour atteindre les 507 heures, mais elles n'entrent ni dans le salaire de référence ni dans le nombre d'heures travaillées retenus pour le calcul du montant.