Les conventions collectives du spectacle
Ta convention collective, c'est la règle du jeu de ta paie : salaires minima, majorations de nuit et d'heures supplémentaires, repas, défraiements. Elle dépend de ce que tu tournes et de qui t'emploie, change d'un contrat à l'autre, et deux plateaux identiques peuvent produire deux paies différentes. Voilà pourquoi elle mérite une ligne sur ton contrat, et ton attention.
En bref. Ton annexe chômage ne bouge pas d'un contrat à l'autre ; la convention collective, si. Un film publicitaire se tourne sous la convention cinéma (IDCC 3097), pas sous une « convention de la publicité » qui n'existe pas pour les plateaux. Sur un long métrage, ton minimum dépend de l'annexe de salaires que la production applique. Et en ciné comme en pub, la journée continue se compte par tranches de 6 heures, forfait de 30 minutes payées à la clé.
Vérifie la convention mentionnée sur le contrat avant de signer, pas sur le bulletin après.
Convention et annexe : deux choses différentes
Première confusion à évacuer. L'annexe chômage (8 ou 10) détermine tes droits France Travail selon ton métier. La convention collective détermine ta paie selon le contrat. Un même chef électro (annexe 8 partout) sera payé selon la convention cinéma sur un long métrage comme sur un spot, selon la convention audiovisuelle sur une série, et selon celle de la prestation événementielle sur un salon. L'annexe ne bouge pas ; la convention, si.
Les principales conventions du secteur
| Convention | IDCC | Terrain typique |
|---|---|---|
| Production cinématographique | 3097 | Longs métrages, courts métrages, documentaires cinéma, films publicitaires |
| Production audiovisuelle | 2642 | Séries, téléfilms, documentaires TV, flux, clips (vidéomusiques), films internes d'entreprise |
| Films d'animation | 2412 | Animation cinéma, TV et pub animée |
| Spectacle vivant privé | 3090 | Théâtre privé, tournées, concerts, cabarets |
| Entreprises artistiques et culturelles | 1285 | Spectacle public subventionné, filière technique en CDDU court |
| Prestation spectacle et événement (ESCE) | 3252 | Prestataires techniques, loueurs, événementiel, salons, concerts |
Entre cinéma et audiovisuel, le critère n'est pas l'activité habituelle de la société de production : c'est l'objet du contrat. La convention audiovisuelle le dit elle-même : dès que le contrat porte sur un long métrage, un court métrage ou un film publicitaire (hors animation), c'est la convention cinéma qui s'applique. Pour le spectacle vivant et la prestation technique, c'est l'activité de l'employeur qui tranche. Dans tous les cas, la ligne « convention collective » de ton contrat fait foi, et se conteste avant la paie, pas après.
La publicité se tourne sous la convention cinéma
Cherche la convention collective « de la publicité » applicable à un tournage de spot : elle n'existe pas. Depuis son texte de 2012, la convention de la production cinématographique inclut les films publicitaires dans son champ, définis à l'article 1er comme « les œuvres audiovisuelles de courte durée dont l'objet est de faire la promotion d'un produit, d'un service, d'une marque ou d'une cause ». Les producteurs de pub ont contesté ce rattachement jusqu'au Conseil d'État, qui l'a confirmé en 2017. Une société audiovisuelle qui tourne un spot bascule donc, pour ce contrat, sous la convention cinéma.
Mêmes grilles, engagement différent. Les minima de la pub sont ceux de la grille commune des techniciens du cinéma (seul le réalisateur de films publicitaires a un statut à part). Ce qui change, c'est l'engagement : en pub tu es engagé à la journée, et l'article 34 du titre II réserve aux films publicitaires un régime propre : taux horaire de base majoré de 50 %, journée payée 8 heures minimum, heures au-delà de 8 h majorées de 100 % du taux de base. La majoration complémentaire de 100 % au-delà de la 10e heure travaillée s'y ajoute, comme sur tout tournage.
Chef électricien de prise de vues, grille au 1er janvier 2026 : 30,30 €/h.
Engagement pub à la journée : 30,30 € + 50 % = 45,45 €/h → journée plancher (8 h) : 363,60 € bruts minimum.
Les tarifs réellement pratiqués en pub dépassent souvent ces planchers, parfois de moitié. Ce sont des usages qui se négocient, pas des droits : le texte fixe le minimum, ton deal fait le reste. Quant au clip, il vit entre deux eaux : la vidéomusique relève en principe de la production audiovisuelle, mais les plateaux de clip tournent le plus souvent aux conditions pub. Regarde ce que porte ton contrat.
Long métrage : une convention, plusieurs annexes de salaires
Sur un long métrage, la vraie question n'est pas « quelle convention », c'est la cinéma, mais « quelle annexe ». Les grilles de salaires vivent dans des annexes du titre II, et deux films peuvent légalement appliquer deux minima différents :
- Annexe I, la grille par défaut : minima hebdomadaires garantis sur 39 heures (35 h + 4 h majorées à 25 %, déjà comprises dans le montant). Elle s'applique à tout long métrage, sauf recours à un régime dérogatoire ;
- Annexe II, les équivalences : des durées d'équivalence hebdomadaires propres à certaines fonctions ;
- Annexe III, la dérogation petits budgets : réservée aux fictions dont le budget ne dépasse pas 3,1 M€ (0,6 M€ pour un documentaire), facultative, décidée par le producteur et validée par une commission paritaire avant le tournage. Les minima sont recalculés : socle de 850 € + 37 % de la part de ta grille au-dessus du socle. En contrepartie, un intéressement aux recettes obligatoire, égal à deux fois ce que tu as laissé sur ton salaire. Tout le reste, heures sup, nuit, dimanche, reste dû au tarif plein ;
- Sous 1 M€, les films « difficiles et à petit budget » peuvent s'affranchir des grilles, avec deux garde-fous : une masse salariale technique d'au moins 15 % des dépenses françaises, et l'intéressement ;
- Courts métrages : le texte les exclut de ses annexes de rémunération. Pas de grille obligatoire pour les techniciens : le salaire se négocie, souvent en se référant quand même à l'annexe I (les artistes-interprètes, eux, ont un accord dédié depuis 2014).
Quelle annexe s'applique ? Ce n'est pas toi qui choisis : c'est le budget du film et la décision du producteur, contrôlée en commission. La branche vise d'ailleurs qu'au plus 20 % des longs métrages agréés recourent à l'annexe III (dispositif reconduit par l'avenant du 26 mars 2025, étendu en janvier 2026, pour cinq ans). Ton réflexe, lui, ne change pas : demander dès le devis quelle annexe s'applique, et te souvenir qu'« annexe 3 » signifie minima réduits et intéressement contractualisé. L'un sans l'autre n'est pas le texte.
La journée continue se compte par tranches de 6 heures
Sur un tournage classique, le repas est une vraie coupure : elle n'est pas payée et elle allonge la journée, dans la limite d'une amplitude totale de 13 heures, transports et pauses compris. La journée continue, c'est l'inverse : on ne coupe pas, on mange vite et sur place, et la convention encadre ce que ça doit te rapporter.
La règle cinéma (article 28 du titre II), écrite pour l'horaire continu type, pose le principe : une pause obligatoire de 30 minutes doit tomber au plus tard après 6 heures de travail continu. Cette demi-heure est payée au taux horaire de base, mais ne compte pas comme temps de travail effectif : elle ne déclenche donc pas d'heure supplémentaire.
En pub, où l'engagement est à la journée et les journées denses, c'est devenu la façon de compter : par tranches de 6 heures, chacune ouvrant droit à son forfait de 30 minutes payées. Une grosse journée en compte deux, la pause déjeuner puis celle du soir quand la journée déborde. Le texte pose la règle des 6 heures ; le décompte par tranches, lui, est l'usage constant des plateaux publicitaires, à faire figurer noir sur blanc sur la feuille de service.
Journée pub sans vraie coupure, 8 h 30 → 21 h 30 :
tranche 1 · 8 h 30 → 14 h 30 (6 h), puis pause payée 30 min
tranche 2 · 15 h 00 → 21 h 00 (6 h), puis pause payée 30 min
→ 12 h travaillées + 1 h de pauses payées, amplitude 13 h : le maximum conventionnel.
Ailleurs, d'autres mécaniques : les artistes-interprètes ont leur propre journée continue (7 h 40 de travail payées 8 heures, pause de 20 minutes, annoncée au plus tard la veille, repas fourni), et la production audiovisuelle pratique une pause courte de 20 à 30 minutes avec ses propres compensations. Même mot, trois régimes : c'est la convention de la feuille qui décide.
Ce que la convention change concrètement
- Les minima : chaque fonction a son salaire plancher, négocié par grille, et modulé au cinéma par l'annexe applicable. Un tarif « habituel » sous le minimum reste illégal, même accepté ;
- les majorations : heures supplémentaires, travail de nuit, dimanches et jours fériés. Les fenêtres de nuit varient d'une convention à l'autre : les heures comptées « de nuit » et les heures effectivement majorées ne coïncident pas toujours ;
- la « continue » : pause payée par tranche de 6 heures en ciné et en pub, pause courte en audiovisuel. Des forfaits, pas un paiement à la minute ;
- défraiements et voyages : repas, transport, per diem en déplacement, avec des barèmes propres à chaque texte.
Cas pratiques
Cas pratique 1 : Mêmes horaires, deux paies
Deux semaines de suite, Nina fait des journées qui finissent à 2 h du matin. La première sur une série (production audiovisuelle), la seconde sur un concert pour un prestataire événementiel. Les heures après minuit ne sont pas majorées pareil : chaque convention fixe sa fenêtre et son taux de nuit. À planning identique, ses deux paies diffèrent de plusieurs dizaines d'euros. Les deux sont justes.
Ce que ce cas montre : comparer sa paie à celle d'un collègue d'un autre plateau n'a de sens qu'à convention égale. Avant de conclure à une erreur, vérifie la convention du contrat, puis la grille. Les vraies erreurs existent aussi, bien sûr : mais on ne les trouve qu'en sachant quelle règle devait s'appliquer.
Cas pratique 2 : « Je suis annexe 8, donc convention technicien »
Persuadé que son annexe chômage détermine sa paie, Marco s'étonne de voir trois conventions différentes sur ses trois derniers bulletins. Il soupçonne un employeur de bidouiller. Rien d'anormal pourtant : long métrage, salon professionnel et théâtre municipal relèvent de trois textes différents, pour le même métier et la même annexe 8.
Ce que ce cas montre : l'annexe suit la personne, la convention suit le contrat. Cette asymétrie est la source de la moitié des confusions de paie du secteur. Le bon réflexe n'est pas de chercher LA convention de son métier, elle n'existe pas, mais de vérifier à chaque contrat celle qui s'applique et sa grille pour ta fonction.
Cas pratique 3 : La continue payée à la minute… ou par tranches
Journée de spot pour Aksel : 8 h 30 → 21 h 30, un repas avalé en vingt minutes, pas de vraie coupure. Il s'attend à voir chaque minute au-delà de la 6e heure majorée. La mécanique est autre : la journée se découpe en deux tranches de 6 heures, chacune ouvrant son forfait de 30 minutes payées, deux « continues » sur la feuille de service, pas un compteur à la minute. En revanche, ses heures au-delà de la 8e sont bien majorées à 100 %, engagement pub oblige.
Ce que ce cas montre : la compensation de la continue est forfaitaire, par tranche, et le vrai levier financier d'une grosse journée pub est ailleurs : dans les heures sup à 100 % et le plancher de 8 heures. Connaître les deux mécanismes permet de relire la feuille de service, et de faire corriger la tranche oubliée avant la paie.
Cas pratique 4 : « On est en annexe 3 »
Léna signe un long métrage dont la production annonce des minima réduits « parce qu'on est en annexe 3 ». C'est parfaitement légal, si le film y a droit : fiction à 3,1 M€ de budget au plus, passage en commission avant le tournage, et intéressement aux recettes contractualisé, à hauteur de deux fois le salaire laissé. Sur son contrat, Léna ne trouve que la réduction.
Ce que ce cas montre : l'annexe III est un échange, pas une remise. Des minima réduits sans clause d'intéressement, c'est juste un salaire sous le minimum conventionnel : à faire corriger avant signature. Et un film à 5 M€ qui s'annonce « annexe 3 » n'y a simplement pas droit.
Questions fréquentes
Quelle convention collective s'applique à mon contrat ?
Sur un tournage, l'objet du contrat tranche : long métrage, court métrage et film publicitaire relèvent de la convention cinéma (IDCC 3097), les programmes audiovisuels de la convention de la production audiovisuelle (IDCC 2642). Pour le spectacle vivant et la prestation technique, c'est l'activité de l'employeur qui décide. La ligne « convention collective » du contrat fait foi.
Quelle convention pour un film publicitaire ?
La convention de la production cinématographique (IDCC 3097), qui inclut les films publicitaires depuis son texte de 2012, rattachement confirmé par le Conseil d'État en 2017. Grilles communes avec le cinéma, mais engagement à la journée : taux de base majoré de 50 %, journée payée 8 heures minimum, heures au-delà de 8 h majorées de 100 %.
C'est quoi, une journée continue ?
Une journée sans vraie coupure repas. En cinéma comme en pub, une pause de 30 minutes payée doit tomber au plus tard après 6 heures de travail continu. Sur les grosses journées de pub, on compte par tranches de 6 heures : jusqu'à deux continues dans la journée.
Mon salaire peut-il être sous la grille avec l'annexe 3 ?
Oui, si le film y est éligible (fiction jusqu'à 3,1 M€ de budget, documentaire jusqu'à 0,6 M€), validé en commission paritaire, et si un intéressement aux recettes égal à deux fois le différentiel de salaire est contractualisé. Une réduction sans intéressement n'est pas l'annexe 3 : c'est un salaire sous le minimum conventionnel.
La convention change-t-elle mon annexe chômage ?
Non, ce sont deux choses différentes. L'annexe dépend de ta fonction et du secteur de ton employeur, la convention fixe ta rémunération et tes conditions de travail. Tu peux rester annexe 8 en changeant de convention à chaque contrat.
Que faire si la convention indiquée me semble fausse ?
Signale-le avant la paie, par écrit. Une convention erronée fausse ton minimum horaire et tes majorations, donc ton brut, donc ton salaire de référence pour l'allocation. Corrigée après coup, elle suppose un rappel de salaire que l'employeur n'a plus de raison de faire spontanément.